Le cinéma muet, (jusqu'à 1927 en gros)

Le cinéma muet, (jusqu'à 1927 en gros)
Aujourd'hui je vais faire l'éloge de la grande époque du cinéma, une époque où on pouvait embaucher des acteurs tchèques sur des films anglais, où on pouvait comprendre des films en allemand sans sous-titres et où les daltoniens n'étaient pas gênés dans leur vision d'une oeuvre: l'époque où les films étaient muets et en noir et blanc.
Pour beaucoup de gens le cinéma muet est associé à Chaplin et ses comédies mais il faut savoir que de nombreux genres existaient à l'époque du muet. Je me propose ici de citer quelques précurseurs de divers genres. Je précise tout de même que je ne considère pas que les plus grand chefs-d'oeuvre de l'histoire du cinéma sont dans cette liste mais je pense qu'il est toujours intéressant de voir ce qu'il y a eu avant les sommets que sont 2001 l'odyssée de l'espace et Vol au dessus d'un nid de coucou ;-).

Le film historique de propagande bête et méchante
Il y en a pour toutes les idéologies; les communistes dans l'âme apprécieront Le Cuirassé Pothemkine (1922) et tous les films d'Eisenstein qui racontent tous plus ou moins que les bourgeois sont des grands pas beaux qui oppriment le peuple. La réalisation d'Eisenstein et certaines de ses scènes d'action ont fait le bonheur de générations de cinéastes, Brian de Palma a ainsi repris dans Les Incorruptibles la chute du landeau dans les escaliers d'Odessa du Cuirassé Pothemkine. Et puis il faut bien dire que le film dégage un certain souffle lyrique malgré son âge canonique...
Pour les fans de cinéma américain, on ne pourra que conseiller Naissance d'une nation de Griffith (1915), premier film filmé de façon regardable. L'histoire se déroule pendant la guerre de Sécession et après, au moment où les Noirs prennent le pouvoir aux USA (????). Menacé par les esclaves affranchis, les populations blanches du Nord et du Sud autrefois ennemies vont alors s'unir et créer alors le Ku Klux Klan qui va rétablir les choses. Bien que durant 3 heures, le film passe relativement bien car il est bien réalisé et crédible même lors des scènes de bataille. L'arrière-plan idéologique donne quant à lui une idée des opinions qui circulaient à l'époque sur les populations noires et fait aujourd'hui sourire étant donné le peu de vraisemblance de la situation (on a du mal à croire que seuls les Noirs aient pu avoir le droit de vote par exemple ;-).

Le film très long et expérimental:
Réalisé en 1916 Intolérance, lui-aussi réalisé par Griffith, présentais pour la première fois plusieurs histoires entremélées sur plus de 3h30. L'originalité de l'ensemble est que les histoires racontent le combat de l'amour contre l'intolérance à des époques très espacées, de l'ère babylonienne au XX° siècle en passant par Jesus Christ et la Saint Barthélémy... Le tout forme alors un ensemble assez étrange mais finalement pas désagréable.

Le film d'horreur avec une fin à voir plusieurs fois pour la comprendre:
Pour ceux qui aiment l'expressionisme allemand, refléchir et avoir peur (encore que là il faut VRAIMENT être émotif ;-), le Cabinet du Docteur Caligari de Robert Wiene (1919) est à conseiller. Nettement plus court que les films précédents, il montre un homme raconter un épisode de sa jeunesse, où un nommé Caligari a présenté dans une fête foraine un somnambule qui annonça la mort d'un homme assassiné la nuit suivante. Il apparait par la suite que le docteur Caligari n'est pas ce qu'il prétend être puisqu'il serait aussi directeur d'un asile psychiatrique et la réincarnation d'un ancien alchimiste nommé lui-aussi Caligari... Le récit vous parait être celui d'un fou? C'est normal :-). Sinon on peut aussi signaler Nosferatu de Murnau (1921) qui est le premier film à raconter l'histoire de Dracula mais que je n'aime pas trop.

Le film de science-fiction avec des tas d'effets spéciaux
Considéré comme le plus grand film allemand du XX° siècle (ce qui en dit long sur sa santé avant la Vie des Autres ;-), premier film classé par l'UNESCO comme faisant partie du patrimoine mondial de l'humanité Métropolis de Fritz Lang (1927) est certainement le meilleur film muet jamais fait. Le film allie des effets spéciaux révolutionnaires pour l'époque (avec notamment d'ingénieux systèmes de miroirs permettant de superposer des prises de vue en taille réelle et des maquettes, procédé réutilisé en 1933 pour King Kong par exemple) avec des procédés plus simples mais soignés (les centaines de voitures en modèle réduits sont déplacées image par image de quelques millimètres, on imagine la joie des techniciens ;-). L'histoire quant à elle est celle d'une opposition entre les ouvriers qui vivent misérablement dans des souterrains et les riches qui vivent sur les hauteurs de la ville "parfaite" de Métropolis. Le fils du chef de la ville découvre alors la vie des ouvriers et va s'associer avec une jeune femme pour faire évoluer les choses, mais un savant fou va créer un robot ressemblant à la jeune pacifiste pour semer la zizanie dans la ville...

Le film comique
Si le cinéaste le plus connu du temps du muet est Charlie Chaplin (Les lumières de la ville), la seule comédie muette que j'ai vue est Le mécano de la Générale de Buster Keaton qui raconte la poursuite de deux trains pendant la guerre de Sécession, c'est un film plein d'acrobatie réalisés sans doublure par l'acteur réalisateur ce qui donne au film un aspect assez insolite mais personnellement je n'accroche pas trop au style.

Le film surréaliste
En fait il n'existe que deux films surréalistes, on les doit tous les deux au réalisateur espagnol Luis Buñuel et à son coscénariste de l'époque Salvador Dali (célèbre pour ses tableaux aux noms évocateurs que la pudeur m'interdit de reproduire ici). Ensemble ils ont produit le court-métrage muet Un chien andalou complètement déjanté (un type se met à tirer un piano à queue pour une raison obscure mais il a du mal car une vache apparait sur le piano ;-) sans rapport avec les chiens et dont la chronologie et l'histoire (du moins à supposer qu'elle existe) sont difficiles à suivre. Le chef-d'oeuvre du cinéma surréaliste a cependant été fait 3 ans plus tard avec l'Age d'or et des dialogues.

Pour finir, je précise que ceux qui veulent voir tous ces films peuvent les emprunter à la bibliothèque de Bonlieu.

# Posté le samedi 22 mars 2008 14:33

Modifié le dimanche 08 février 2009 05:06

Soyez sympa rembobinez! Michel Gondry (2008)

Soyez sympa rembobinez! Michel Gondry (2008)
Les employés d'un vidéoclub de banlieue qui doivent de toute urgence faire des remakes de films cultes dont les cassettes ont été malencontreusement effacées, voila ce que propose Soyez sympa rembobinez!. Ces films dits "Suédés" car venant de Suède (ahem) remportent un grand succès dans le quartier et toute la population commence à affluer pour pouvoir jouer dans des productions au style bricolées telles que 2001 l'odyssée de l'espace (d'ailleurs je rappelle que l'original doit absolument être vu par tout le monde et qu'il est extraordinaire ;-) ou SOS Fantômes. Avec l'argent récolté, le patron espère pouvoir sauver son immeuble, où est né un célèbre jazzman, de la démolition.
L'histoire peut sembler tirée par les cheveux (d'ailleurs soit dit en passant elle l'est ;-) mais elle n'est pas dépourvue d'intérêt ; j'irais même jusqu'à dire qu'elle fait réfléchir sur le rapport que l'on entretient avec le cinéma voire plus généralement avec la culture: les films aussitôt vus aussitôt oubliés dont nous sommes parfois friands, le manque d'intérêt pour les vieux classiques (alors que 2001 l'odyssée de l'espace est le plus grand film de tous les temps...), les muets en particulier (bon je ne dis pas que Métropolis est un immense chef-d'oeuvre mais il vaut le coup d'être vu d'ailleurs j'écrirai probablement un de ces jours un article sur le cinéma muet ;-) ou encore sur la compétence de certains loueurs de DVD (je ne peux que conseiller de fréquenter celui de la promenade Louis Lachenal où on ne nous sort pas que La liste de Schindler est trop vieux et où on peut trouver 2001 l'odyssée de l'espace :-).
Une comédie drôle (ce qui n'est hélas pas toujours un pléonasme...), originale, intelligente où on parle de 2001 l'odysée de l'espace, pourquoi se priver?

# Posté le lundi 17 mars 2008 14:34

Modifié le mardi 18 mars 2008 14:31

Les faussaires, Stefan Ruzowitzky (2008)

Les faussaires, Stefan Ruzowitzky (2008)
Peu de films allemands traversent le Rhin mais le moins qu'on puisse dire est que ceux qui le font sont pour le moins appréciés. Après La Vie des Autres, oscar du meilleur film étranger en 2007 et remarquable pour son évocation de l'Allemagne de l'Est, Les Faussaires confirme l'intérêt et le talent que le cinéma allemand porte à l'histoire toumentée de son pays ainsi que le bon goût d'Hollywood qui lui a accordé l'oscar du meilleur film étranger cette année.
En 1936 Sally Sorowitch est un juif non pratiquant qui vit à Berlin en tant que faux monnayeur et contrefacteur de papiers en tout genre. Arrêté par les Nazis, il est déporté au camp de Mathausen où il survit jusqu'en 1944 grace à son talent de peintre qui lui accorde un traitement de faveur. C'est cependant vers la fin de la guerre que les Nazis vont le transférer au camp de Sachsenhausen pour profiter de ses talents en matière de faux billets. A la tête d'un atelier composé de détenus il va être chargé de fabriquer des fausses livres sterling et des faux dollars absolument indétectables. S'il réussit il bénéficiera de conditions de vie supportables (de vrais lits, des dortoirs non surpeuplés et un minimum d'hygiène) mais s'il échoue il sera fusillé. Les Juifs au sein de son atelier vont cependant se diviser en deux groupes: ceux qui veulent combattre le Reich en l'empéchant d'arriver à ses fins et ceux qui sont prêts à collaborer pour survivre.
Les faussaires est pour moi une réussite car il parvient à être poignant d'un bout à l'autre malgré des acteurs pas toujours très convaincants. On retrouve dans cette histoire authentique l'univers terrifiant décris par Primo Levi dans son témoignage Si c'est un homme (qu'il faut d'ailleurs absolument lire): seuls ceux qui arrivent à arracher un traitement privilégier peuvent espérer survivre bien qu'ils soient plus considérés comme des bêtes que comme des êtres humains par leurs gardiens. Le film évite cependant le manichéisme, Sally n'est pas exempt de contradictions alors que le SS qui supervisent la fabrication se comporte de manière relativement correcte envers les prisonniers sous sa responsabilité (mais le fait-il par intérêt ou par humanité? La question est à creuser). La fabrication de billets est très bien rendue, même le son rendu par le papier est controllé pour faire des billets parfaits mais cette perfection renforce le dilemme devant lequel se trouvent tous les personnages: survivre en aidant les Nazis ou mourrir. Les Faussaires est donc un film réussi à voir le plus rapidement possible car il ne restera vraisemblablement que peu de temps à l'affiche.

# Posté le dimanche 09 mars 2008 05:19

Modifié le dimanche 09 mars 2008 05:30

The War, Ken Burns (2007)

La seconde guerre mondiale racontée par les GI qui l'ont faite et expliquée par un célèbre documentariste américain, c'est le programme d'une série documentaire qui sera diffusée sur Arte tous les mercredis soirs pendants 6 semaines (les épisodes ne se suivant pas vraiment on n'est pas obligé d'avoir vu les 2 premiers diffusés hier soir pour comprendre ce qui se passe ;-). Un programme alléchant pour ceux qui voudraient savoir ce qui s'est passé à Guadalcanal ou aux Philippines.
Après un épisode de présentation des différents témoins interrogés par le réalisateur (41 au total), on embraie dans le second épisode sur le début de la guerre du Pacifique contre les Japonais. Exit Hitler donc pour écouter les témoignages d'un ancien GI en poste aux Philippines et fait prisonnier par l'armée nipone (avec tout un lot de réjouissances au programme...), d'une citoyenne américaine d'origine japonaise et internée dans un camp étatsunien et d'un aviateur qui a participé à la première victoire de l'oncle Sam sur les Japonais à Guadalcanal. Le tout est agrémenté de nombreuses images et photos d'archives qui apportent une connaissance plus générale de la stratégie de l'état major américain, de la fuite en Australie du général Macarthur ou encore de l'abandon de l'abandon de 78000 GI aux Philippines faute de transports pour venir les sauver. Le début du documentaire est instructif et interessera tous ceux qui aiment l'Histoire. Il ne reste plus qu'à attendre la suite mercredi prochain sur la chaîne la plus appréciée des français (si, si dans les enquêtes les gens affirment qu'ils ne regardent que Arte :-).
The War, Ken Burns (2007)

# Posté le jeudi 06 mars 2008 12:21

Into the wild, Sean Penn (2008)

Into the wild, Sean Penn (2008)
Bien que plus connu en tant qu'acteur qu'en tant que réalisateur, Sean Penn a fait des films qui valent le coup d'être vu (d'ailleurs je le préfère derrière la caméra que devant...). Dans Into the Wild, Sean Penn montre un jeune homme qui fuit sa famille et la société pour partir à l'aventure dans la nature sauvage (the Wild dans la langue de Tolkien) mais le film n'est pas rasoir pour autant.
Le héros de l'histoire, Christopher Mccandless, est un jeune homme qui a tout pour lui: succès dans les études, il est reçu à Harvard, et des parents millionaires prêts à tout lui payer. Cependant, les disputes incessantes de ses parents l'amènent à fuir son foyer sans prévenir personne et en abandonnant sa voiture, son argent qu'il brûle en chemin et même son propre nom pour se faire appeler Alex Supertramp ("Super vagabond"). Au fil de son voyage en stop, il va rencontrer des gens qui vont l'aider à réaliser son rêve: partir au fin fond de l'Alaska. Au milieu des plaines gelées, il va trouver un bus abandonné et s'y installer pour vivre par ses propres moyens tout en lisant ses auteurs favoris Tolstoï, London et Pasternak.
Into the Wild, c'est comme son nom le laisse suggérer de magnifiques images de nature, de montagnes enneigées, de cascades, d'animaux sauvages et j'en passe; mais c'est aussi une reflexion sur la société, le pouvoir et l'argent qui ne seraient que des illusions. Pour le personnage principal, le bonheur consiste à ouvrir les yeux des gens qu'il rencontre et à découvrir des contrées désertes.
Sans aller jusqu'à cette extrémité, on peut tout de même se demander si on doit chercher à faire une carrière à tout prix dans sa vie ou non... Et aller voir Into the Wild ;-)

# Posté le lundi 25 février 2008 03:41