Gandhi, Richard Attenborough (1982)

Gandhi, Richard Attenborough (1982)
Gandhi est sans conteste l'une des personnalités les plus importantes du XX° siècle. Il est en effet parvenu en prêchant la non-violence à obtenir l'indépendance de l'Inde. C'est à cet homme que le cinéaste Richard Attenborough a consacré une biographie filmée en forme d'hommage.
En Afrique du Sud à la fin du XIX° siècle, un jeune avocat indien qui vient de finir ses études de droit en Angleterre est jeté d'un train car les gens de couleur ne doivent sous aucun prétexte voyager en première classe. Il va alors se révolter contre ce système discriminatoire jusqu'à l'abolition des lois les plus liberticides (avant l'époque de l'Apartheid cependant) mais sans pour autant déclencher d'émeutes anti-britannique.
Une fois de retour en Inde il va s'attacher à obtenir l'indépendance de son pays et le départ des colonisateurs, le tout en essayant de limiter les débordements le plus possibles. Il doit cependant combattre les méthodes expéditives des Anglais en même temps que les tensions entre Indous et Musulmans. Il s'attirera la sympathie du monde grâce à ses méthodes mais une fois l'indépendance acquise, les minorités s'entre-tuent et Gandhi est assassiné (je ne prend pas de risque à dévoiler la fin puisque celle-ci se déroule au début (comment ça personne ne suit? ;-)).
S'il exalte la non-violence et la force d'âme de son héros, le film n'est cependant pas dépourvu d'intérêt cinématographique comme cela arrive parfois (comme pour le récent Good Bye Bafana consacré à Nelson Mandela). Ben Kingsley interprète magistralement l'humble leader nationaliste si bien qu'il est difficile de la différencier des images d'archives et la mise en scène parvient parfaitement à montrer la force d'âme de tous les adeptes de la résistance civile capables de prendre les coups sans les rendre.
Pour ceux qui en ont marre de voir des gentils qui passent leur temps à pourrir la face des méchants, Gandhi constitue une appréciable bouffée d'oxygène...

# Posté le dimanche 22 juin 2008 13:57

Modifié le lundi 23 juin 2008 04:07

Princesse Mononoke, Hayao Miyasaki (1997)

Princesse Mononoke, Hayao Miyasaki (1997)
Une fois n'est pas coutume, l'objet de ce présent article sera un dessin animé. Souvent on se dit que c'est ungenre mineur et peu interessant, c'est d'ailleurs souvent vrai, mais certains sont aussi beaux et pas du tout futiles. C'est le cas pour le Tombeau des lucioles d'Isao Takahata (un dessin animé sur le bombardement des villes japonaises pendant la guerre il faut oser...) ou pour Princesse Mononoke du spécialiste japonais du genre: Hayao Miyazaki.
Au XVI° siècle au Japon, des démons sèment la terreur dans les campagnes et l'un d'eux attaque le prince Ichitaka, provoquant ainsi sa malédiction. Le guerrier doit alors quitter son pays pour aller implorer l'esprit de la forêt de le sauver. Sur son chemin il va rencontrer Dame Ichibaki, une noble qui a pris sous son aile un village de forgerons qu'elle défend grâce à sa compagnie d'arquebusiers contre les samouraïs ambitieux et contre les animaux sauvages de la forêt, menés par la mystérieuse princesse Mononoke. Ichitaka va alors jouer un rôle de médiateur entre les deux partis belligérants: il va ainsi s'opposer à la déforestation menée par les hommes sans pour autant encourager la princesse Mononoke dans sa quête sanguinaire de destruction de tous les êtres humains. C'est pour le prince le seul espoir d'être guéri de sa malédiction par l'esprit de la forêt...
Derrière les magnifiques dessins de Miyasaki se cache une histoire qui peut être comprise de plusieurs manières selon l'âge du spectateur: les plus jeunes pourront y voir une histoire de monstres sympathique pendant que les plus âgés se trouveront devant une métaphore de la destruction de la nature par l'Homme. Princesse Mononoke prendra alors les traits d'une fable écologique. Cependant, c'est à mon avis dans la beauté des images plus que dans l'histoire qu'il faut chercher l'intérêt de l'oeuvre: l'animation offre ainsi plus de possibilités au réalisateur que ne le feraient des images filmées et cette liberté est parfaitement employée par Miyasaki pour créer des monstres et des décors surréalistes. En plus la musique de Jô Hisashi s'accorde avec le reste de la mise en scène pour monter la barre de la qualité des films d'animation qulques crans plus haut
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# Posté le dimanche 08 juin 2008 06:20

Modifié le jeudi 12 juin 2008 07:42

Les parapluies de Cherbourg, Jacques Demy (1964)

Les parapluies de Cherbourg, Jacques Demy (1964)
Pour éviter de copier d'autres camarades auteurs de blogs, je vais parler d'un film aujourd'hui un tantinet oublié mais qui était révolutionnaire en son temps. Il s'agit des Parapluies de Cherbourg, première comédie musicale sans un seul passage parlé et qui a obtenu un immense succès public ainsi que la palme d'or au festival de Cannes en 1964.
A Cherbourg en 1958 Geneviève Emery, une jeune vendeuse de parapluies, et Guy, un jeune mécanicien, sont épris l'un de l'autre et désirent se marier malgré l'opposition de la mère de Geneviève. Malheureusement, Guy doit partir faire son service militaire en Algérie et se voit contraint de laisser Geneviève derrière lui. Tout le monde ignore à ce moment là que la jeune fille est enceinte. Madame Emery va alors tout faire pour convaincre sa fille d'accepter les avances d'un riche diamantaire qui les mettrait du même coup à l'abri d'une situation difficile. Reste à savoir comment Guy va prendre la nouvelle en rentrant à Cherbourg...
Avant 1964, seul Hollywood produisait des comédies musicales telles que West Side Story ou Chantons sous la pluie mais dans ces films l'histoire était racontée dans des phases parlées et les chansons servaient juste à donner du relief à l'ensemble. Les producteurs qui ont vu un français qui voulait faire une comédie musicale où les acteurs chantent pendant une heure et demie sans discontinuer l'ont donc tous pris pour un extraterrestre: ils avaient tort car le film fonctionne très bien. La musique de Michel Legrand est belle et on est subjugué par l'histoire malgré sa simplicité, la réalisation est de qualité avec plusieurs scènes mémorables (notamment le départ de Guy avec la caméra qui suit le train jusqu'à la sortie de Cherbourg) et les couleurs sont belles. En bref, les parapluies de Cherbourg est une histoire d'amour qui n'est pas mièvre, une comédie musicale qui n'est pas ennuyeuse et une expérience cinématographique qui n'est pas prétentieuse...
C'est rare donc autant en profiter ;-)

# Posté le dimanche 01 juin 2008 13:04

Modifié le mercredi 04 juin 2008 11:37

Le Bon la Brute et le Truand, Sergio Leone (1966)

Le Bon la Brute et le Truand, Sergio Leone (1966)
Dans les années 50, le westerns étaient le genre de prédilection à Hollywood mais heureusement le public finit par se lasser des "moi bon car moi blanc et toi pas beau car toi indien" si bien que la décennie suivante, tout le monde croyait le genre mort et enterré. C'est alors que les Italiens décidèrent de moderniser le genre avec les "westerns spaghetti". C'est ainsi que Sergio Leone fit les deux chefs-d'oeuvre Il était une fois dans l'ouest et Le bon la brute et le truand.
Pendant la Guerre de Sécession, un chaseur de prime aux méthodes expéditives nommé Sentenza (la Brute) a eu vent d'un soldat confédéré qui aurait caché 200 000 dollars, il se met alors à sa recherche pour lui voler le magot. Dans le même temps, un autre chasseur de primes (le Bon) et un truand (le Truand ;-) arnaquent les shérifs du Texas pour gagner de l'argent facilement. Leur association finit par tourner court et les deux hommes veulent se tuer mutellement. Malheureusement ils rencontrent par hasard le soldat confédéré sus-mentionné qui à tout juste le temps de dire le nom du cimetierre où l'argent est caché et le nom écrit sur la tombe respectivement au Truand et au Bon. Comme chacun d'eux ne connait que la moitié des informations ils vont être forcés de collaborer pour atteindre la richesse en évitant aussi bien les champs de bataille que la Brute...
Le Bon la Brute et le Truand, c'est un film baroque qui détourne les codes du westerns classique, il n'y a pas de "gentil" à proprement parler, juste des hommes plus ou moins dépourvus de morale qui courent après un trésor. En revanche leur agissement ne sont rien en comparaison de ceux des soldats de la Guerre Civile Américaine, la description des camps de prisonniers, hôpitaux, cimetierres et champs de bataille étant bien plus accablante que des échanges de coups de feu entre chasseurs de primes. Mais si l'on se rappelle du film c'est d'abord pour la musique d'Ennio Morricone, probablement la meilleure jamais composée, qui mélange tous les instruments possibles de la trompette à la guitare électrique pour accompagner longuement certaines scènes mémorables. Le Bon la Brute et le Truand c'est aussi de sympathiques répliques au vocabulaire imagé telles que "tu reconnais cette sale gueule? C'est la tienne!" ou "je cherche une moitié de cigare plantée dans un fils de chienne" et des scènes mythiques comme le duel à trois dans le cimetierre à la fin. L'une des plus grandes scènes de l'histoire du cinéma. De quoi découvrir agréablement un nouveau genre avant de voir Il était une fois dans l'ouest en somme...

# Posté le mercredi 28 mai 2008 13:28

Modifié le mercredi 28 mai 2008 14:08

Le troisième homme, Carol Reed (1949)

Le troisième homme, Carol Reed (1949)
Jean-Luc Godard disait que "le cinéma anglais est une contradiction dans les termes". Il n'avait pas dû voir 2001 l'odyssée de l'espace et ses images sublimes, le pont de la rivière Kwai et son interprétation de la convention de Genève ou le chef-d'oeuvre du film noir qu'est Le troisième homme de Carol Reed.
Quelques années après la fin de la seconde guerre mondiale, un écrivain américain nommé Holly Martins est appelé à Vienne par son ami d'enfance Henry Lime; il arrive en Autriche le jour de son enterrement. Le pauvre homme a été renversé par une voiture alors qu'il était en compagnie de deux de ses amis et il est mort avant l'arrivée des secours. Cependant, un concierge a dit avoir vu une personne de plus dans la rue ce jour-là, mais alors qui est ce troisième homme dont personne ne se souvient? Et pourquoi la police fait-elle mine de croire que la victime était un criminel?
Si le troisième homme a remporté la palme d'or au festival de Cannes de 1949, c'est d'abord grâce à son style. S'il emprunte beaucoup aux films noirs qu'Hollywood produisait alors à la chaîne (le meilleur de tous étant sans conteste Assurance sur la mort de Billy Wilder), Carol Reed a aussi su détourner les codes américains du genre. Le film est ainsi ancré dans l'Histoire récente par son contenu mais aussi par sa mise en scène, les décors de Vienne souvent proches de ruines évoquent ainsi immanquablement les destructions causées par les bombardements alliés lors de la guerre. De plus, le fait de choisir comme héros un personnage américain permet de donner du relief à l'intrigue, car ni le spectateur ni le personnage principal ne comprennent les habitants (sauf bien sûr les germanistes distingués...) ce qui permet de s'identifier facilement à Martins. Sur le plan visuel cependant, le style est assez proche du film noir Hollywoodien: le noir et blanc est de mise ainsi que les ombres qui se découpent sur les murs pour annoncer l'arrivée d'un personnage dans une ruelle déserte; le tout au son de la musique d'Anton Karas qui passa du jour au lendemain du stade de musicien dans un restaurant viennois à artiste de renommée mondiale, la totalité de la musique étant jouée sur un instrument typiquement autrichien. Comme en plus les acteurs sont bons, le plus connu étant Orson Welles même si on ne le voit finalement qu'assez peu, il y a bien de quoi apporter un cinglant démenti à notre cher Jean-Luc Godard (que tout le monde connait j'en suis certain ;-)...

# Posté le vendredi 23 mai 2008 15:01