Hikaru no Go, Takeshi Obata et Yumi Hota (2003)

Hikaru no Go, Takeshi Obata et Yumi Hota (2003)
Beaucoup de gens sous cette longitude considèrent que les mangas représentent une sous-culture pour adolescents illettrés et que par conséquent qu'ils ne méritent pas que l'on s'y arrêtent lorsqu'on est sérieux. A l'exception notable d'Hikaru no Go c'est la pure vérité. (mais non Cyberaxe reviens je rigolais ;-)
Au début de la série, Hikaru est un jeune adolescent japonais typique jusqu'à ce qu'il découvre dans un grenier un goban (un plateau pour jouer au jeu de go) habité par Saï, le fantôme d'un joueur de go mort plus de mille ans auparavant et qui était déjà apparu à Shusaku, le meilleur joueur de tous les temps. Sous la pression de Saï, Hikaru va d'abord apprendre à jouer au go puis il va tâcher de devenir de plus en plus fort jusqu'à passer l'examen de professionnel de go; son apprentissage étant rythmé par de nombreuses tentatives de battre Akira Toya, le fils du plus fort joueur japonais actuel.
Si Hikaru no Go a réussi l'exploit de redonner la vocation de devenir joueur professionnel à des milliers de jeunes japonais et s'il a aussi permis à la fédération française de go (FFG) de doubler ses effectifs c'est d'abord parce que l'histoire est remarquablement ficelée et prenante. Le scénario est plein de suspense (qui réussira l'examen de professionnel? Comment Hikaru parviendra-t-il à laisser Saï jouer sans éveiller de soupçon (eh oui un jeune de 14 ans qui massacre les meilleurs pros c'est suspect :-) etc... En plus les dessins de Takeshi Obata sont bons et criants de réalisme, ça change des Pokemons...
Mais si les joueurs chevronnés apprécient aussi ce manga c'est parce que le scénario de Yumi Hota a été supervisé par une joueuse professionnelle et que par conséquent il regorge de détails crédibles concernant les parties jouées (qui sont des parties de vrais joueurs professionnels ;-), les écarts de style entre les joueurs du XIX° et les joueurs contemporains, l'essor du jeu par internet entre des joueurs du monde entier, les résultats des tournois internationaux et j'en passe... Les auteurs ont fait tellement d'efforts au niveau du réalisme que notre Fan Hui adoré (meilleur joueur résident en Europe, joueur professionnel en Chine, enseignant salarié par la FFG et excellent pédagogue à rendre jaloux monsieur Métral ;-) a reconnu les locaux et les joueurs de la fédération chinoise dans les dessins du manga.
Si maintenant vous croisez des gens équipés d'un éventail parlant de leur recherche du coup divin dans la rue, vous saurez qu'il ne s'agit pas d'évadés de l'asile mais de joueurs de go en route pour un stage de go...

# Posté le vendredi 18 juillet 2008 13:24

Terminator, James Cameron (1984)

Terminator, James Cameron (1984)
Pendant les vacances il est toujours bon de voir des films un peu plus intellectuel qu'à l'accoutumée pour être prêt à reprendre une année scolaire difficile. Il convient donc de voir un film au scénario développé à portée philosophique et des acteurs talentueux. Je parlerai donc aujourd'hui de Terminator, le film qui a donné à notre gouverneur de Californie préféré son statut de star de cinéma.
Au début du film on voit deux hommes étranges apparaître nus dans une pluie d'éclairs à deux endroits différents (on est étrange pour moins que ça tout de même ;-). Après avoir trouvé des vêtements et des armes par des moyens assez peu moraux, les deux protagonistes se mettent en quête d'une certaine Sarah Connor; l'un pour la tuer et l'autre pour la protéger: Sarah Connor donnera en effet naissance au chef de la résistance humaine contre les machines dans les décennies à venir et le meilleur moyen pour éviter cela c'est encore d'assassiner la mère suffisamment tôt. Bien évidemment le méchant Terminator joué par Arnold Schwarzeneger est un cyborg indestructible alors que celui qui doit protéger la mère de la résistance est un homme comme les autres. La lutte est donc assez inégale mais dans les situations de doute on peut toujours compter sur un bon annuaire...
Ce qui fait la force du film c'est son absence totale de second degré. Arnold Schwarzeneger joue un robot totalement dénué d'émotion qui tue toute personne en travers de sa route sans sourciller ce qui ne prête pas vraiment à rire, en plus il le fait presque sans parler avec une raideur mécanique ce qui rend le robot incroyablement réaliste (comme quoi même un mauvais acteur peut trouver un grand rôle ;-). De plus le caractère indestructible et plutôt costaud de leur adversaire rend la situation des humains désespérée sans que la moindre lueur d'espoir ne vienne illuminer leur fuite jusqu'à la toute fin. Comme en plus les scènes d'action sont bien fichues on se demande bien ce que l'on pourrait demander de plus. Un film d'action qui n'est pas bourré d'effets spéciaux lassants à la longue, qui prend le temps d'avoir de bons acteurs (même si dans le cas de Schwarzy le miracle ne s'est jamais reproduit...) avec un scénario pas trop bancal et une mise en scène minutieuse: pas de quoi s'étonner que ce premier film de James Cameron soit son chef d'oeuvre (les fans de Titanic me pardonneront j'espère).

# Posté le samedi 12 juillet 2008 05:53

Modifié le lundi 14 juillet 2008 06:16

M le maudit, Fritz Lang (1931)

M le maudit, Fritz Lang (1931)
Si le cinéma allemand de la seconde moitié du vingtième siècle a surtout brillé par sa confidentialité, il a eu son heure de gloire dans l'entre-deux guerre c'est à dire avant que ses plus grands représentants (Fritz Lang, Billy Wilder etc) ne fuient le nazisme pour faire les beaux jours d'Hollywood avec des films tels que Assurance sur la mort et Certains l'aiment chaud. Fritz Lang est aujourd'hui encore plus connu pour sa période allemande dans le muet (Metropolis) et dans le parlant (M le maudit auquel cet article est plus particulièrement consacré) que pour la période américaine qui a suivi.
En Allemagne dans les années 30 un mystérieux tueur d'enfants sème la panique. Le film commence par la mort de la huitième victime du tueur, la petite Elsie Beckman, qui disparaît sans laisser de piste satisfaisante à la police. Alors que la psychose gagne tous les habitants de la ville petit à petit, les rafles quotidiennes des représentants de l'ordre empêchent les criminels de travailler tranquille. Pour mettre fin à cette situation désagréable, ils décident de faire surveiller toutes les rues par des mendiants pour repérer tout individu suspect. Ils parviennent finalement à capturer l'assassin mais alors qu'il est en leur pouvoir, il reste une question à résoudre: si l'homme n'est pas responsable de ses actes comme il l'affirme peut-on l'exécuter?
Malgré quelques longueurs au milieu, le film parvient à tenir le spectateur en haleine grâce à sa mise en scène oppressante: le meurtrier est d'abord montré comme un être effrayant dont on voit l'ombre menaçante face à une innocente petite fille, puis il est associé à un air classique qu'il sifflote et dont chaque écoute laisse présager un crime. L'absence de toute autre musique fait quand à elle ressortir cet unique thème si caractéristique qu'il met le spectateur dans la même situation que les personnages: un seul sifflement suffit à reconnaître le meurtrier.
La mise en scène n'est cependant pas la seule qualité d' M le maudit, l'histoire amène à se poser des questions sur l'irresponsabilité des malades mentaux et les solutions que l'on doit prendre pour leur empêcher de nuire à la société sans pour autant oublier qu'en tant qu'humains on ne peut les éliminer purement et simplement... La conclusion apportée par Fritz Lang semble peut être illusoire mais finalement on se dit qu'elle est de loin la plus efficace et la plus proche de la morale...
Plus qu'à trouver ce classique pour pouvoir donner votre avis sur la fin (et sur le reste aussi ;-).

# Posté le jeudi 10 juillet 2008 11:11

le cycle de Fondation, Isaac Asimov (1951)

le cycle de Fondation, Isaac Asimov (1951)
Pour ceux qui aiment la bonne science-fiction fouillée sans être ennuyeuse (exit Dune donc...), les romans et nouvelles de l'écrivain américain Isaac Asimov doivent être considérés comme incontournables, en particulier le Cycle de Fondation dont je n'ai pour l'instant lu que les deux premiers tomes.
12000 ans après l'institution de l'Empire Galactique (qui n'a rien à voir avec Star Wars :-) le plus grand esprit de son époque, le mathématicien Hari Seldon, invente une nouvelle discipline qui permet de prédire l'avenir des Nations grâce à de savants calculs. Il découvre ainsi que l'Empire est sur le point de s'effondrer à cause des difficultés qu'il y a à gouverner toute une galaxie et que après une agonie d'un millénaire il va céder la place à une ère de ténèbres de 30 000 ans. Pour limiter la durée de cette ère de transition qui précédera la création d'un nouvel Empire, Seldon lance alors un immense projet: la Fondation. Une colonie de scientifique est implantée sur la périphérie de la galaxie et là une Encyclopédie recensant toutes les connaissances humaines doit être constituée. La colonie est cependant peu appréciée de ses voisins et elle va affronter de graves crises. Mais Hari Seldon a tout prévu et il a fait des enregistrements qui se déclenchent aux différents moments critiques, mais ses calculs semblent avoir été mis en défaut au moins une fois et quel mystère cache la seconde Fondation dont personne ne sait où elle se trouve?
Ce qui fait la qualité du premier tome du cycle c'est qu'il entretient le suspense par sa construction (le roman ne raconte que les crises et passe sous silence les décennies calmes) qui permet une action presque constante et en même temps les solutions des crises sont si bien amenées qu'elles amènent à réfléchir sur le pouvoir du commerce, de la religion et de la science. Je n'en dis pas trop pour ne pas gacher le plaisir des amateurs de gros pavés mais Asimov est décidément un auteur à lire (et pas seulement ce cycle).
Rendez-vous dans toutes les bonnes bibliothèques...

# Posté le samedi 05 juillet 2008 12:09

Modifié le jeudi 10 juillet 2008 11:22

Brazil, Terry Gilliam (1985)

En tant qu'ex-Monty Python, Terry Gilliam avait coécrit Sacré Graal et La vie de Brian et coréalisé Sacré Graal, c'est à dire deux films dans lesquels le comique et l'absurde étaient indissociables. Après la séparation du groupe de comiques anglais, Terry Gilliam a alors signé Brazil, dont l'histoire se déroule dans un Etat totalitaire imaginaire. Alors que tout spectateur non-préparé pris au hasard pourrait s'attendre à un film sérieux étant donné son sujet, il déclarera pourtant très probablement "je me demande encore comment ils faisaient pour fumer de la moquette aussi puissante!".
Quelque part au XX° siècle dans un état imaginaire, un mandat d'arrêt est émis au nom d'un certain Archibald Tuttle, technicien-chauffagiste indépendant (comme quoi Robert de Niro n'a pas joué que les gangsters chez Scorsese ;-), mais le bureaucrate qui a émis cet avis a écrasé une mouche dans l'imprimante et Tuttle devient Buttle... Un dénommé Archibald Buttle est donc arrêté de façon pour le moins musclée par la police devant sa famille et disparaît ensuite sans laisser de traces (comme quoi on ne plaisante pas avec les chauffagistes dans ce pays...).
Peu de temps après un employé de bureau modèle encombré d'une mère obsédée par l'idée de rester jeune est chargé de rembourser à la supposée veuve les frais d'interrogatoire de feu son mari (eh oui car ce sont les suspects qui prennent en charge les frais d'interrogatoire:-). Mais cet employé en apparence irréprochable passe son temps à rêver d'une femme qui se trouve justement être la voisine de la veuve en question (qui a dit que c'était compliqué ???). Celle-ci s'étant attirée les foudres de l'Administration par son acharnement à faire reconnaître ses torts à l'Etat, l'ex-employé modèle va devoir enfreindre la loi pour la protéger...
Si Brazil donne l'impression d'être l'oeuvre d'un fumeur de moquette, c'est parce que tout y est complètement déjanté: les techniciens-chauffagistes indépendants sont pésentés comme des super-héros et utilisent des tyrolliennes pour se déplacer, les bourreaux gardent leurs enfants au travail pendant que Madame fait du shopping, les chapeaux à la mode sont des chaussures recyclées, etc... Tout dans la réalisation de ce film; des dialogues jusqu'aux décors en passant par le jeu des acteurs, les costumes et la musique concourt à donner une atmosphère comique à l'univers présenté.
Pourtant au-delà de son coté déjanté le film introduit des thèmes graves issus de notre histoire: les arrestations sont le plus souvent musclées sans que la possibilté pour que le suspect soit innocent ne modère l'ardeur de la police a été dénoncé dans de nombreux pays développés, les nazis aussi facturaient l'exécution des dissidents aux familles, la torture a été et est encore monnaie courante pour interroger les suspects, la consommation et l'apparence deviennent les piliers de nos sociétés et la paperasserie prend de plus en plus d'importance... Tout cela fait de Brazil une anticipation effrayante de notre futur qui finit par glacer le sang, particulièrement dans son final.
De quoi faire passer Georges Orwell et son 1984 pour une aimable farce en somme...
Brazil, Terry Gilliam (1985)

# Posté le mardi 24 juin 2008 06:59

Modifié le jeudi 26 juin 2008 10:50