Pendant la guerre froide, le général Jack Ripper devenu fou décide d'envoyer ses B-52 larguer des bombes atomiques sur l'URSS malgré l'opposition de l'officier britannique Lionel Mandrake. Croyant à la destruction des grandes métropoles américaines, les commandants des bombardiers coupent les communications avec l'extérieur sauf celles transmises avec un code que le général Ripper est le seul à connaître. A la maison blanche, le président Muffley réunit son état-major pour trouver une solution acceptable à la crise sans envoyer toutes ses forces achever l'URSS comme le voudrait le général Turgidson. Enfin l'ambassadeur russe révèle que ses compatriotes ont construit la machine du jugement dernier qui détruira le monde sans que l'on puisse s'y opposer si une bombe explose sur un territoire communiste. Et dans ces conditions le conseiller nazi du président, le docteur Folamour, doit alors trouver un moyen de sauver l'Humanité...
Si Docteur Folamour est depuis plus de quarante ans le film qui rend le mieux compte de la Guerre Froide, c'est d'abord grâce à son réalisme à toute épreuve. Tous les thèmes de la dissuasion nucléaire sont abordés: les failles dans les procédures de défense, l'impossibilité d'annuler un ordre donné, la paranoïa des deux blocs, le coût immense de la course aux armements, l'incompétence et la corruption des hommes au pouvoir et j'en passe. A ces thèmes s'ajoute un effort important pour rendre les images crédibles; l'intérieur du bombardier est si proche de la réalité que le chef-décorateur a failli avoir des ennuis avec le FBI (eh oui on ne rigolait pas avec l'espionnage à cette époque :-), la salle de guerre de la maison blanche n'a rien d'un décor en carton et la base aérienne est pleine de détails qui font vrais en particulier au niveau des pancartes (ceux qui ont vu le film sauront de quoi je parle :-). A tout cela s'ajoute une photographie et des cadrages recherchés qui mettent l'ensemble en valeur pendant qu'une musique traditionnelle américaine réorchestrée rythme habilement l'ensemble. Avec ce film, Kubrick montrait pour la première fois l'étendue de son talent pour la mise en scène et l'écriture.
A ce réalisme, s'allie cependant un comique ravageur qui tourne en dérision à peu près tous les personnages et toutes les situations du film. Les acteurs ont un jeu outrancier, en particulier Georges C Scott (le général Turgidson) et Peter Sellers (le président Muffley, le colonel Mandrake et le docteur Folamour (oui vous comptez bien cela fait 3 rôles ;-)), les dialogues finissent n'importe comment (c'est ainsi que l'on en vient à parler de nos précieux fluides corporels...), les décors offrent un contrepoint à l'action (voir la photo pour plus de détails ;-) et Kubrick offre un véritable festival d'images et de musiques détournées (en particulier la scène finale...). Malgré son aspect un rien désordonné, le scénario est pourtant d'une logique implacable jusqu'au bout, les causes et les effets s'enchaînant infailliblement comme une mécanique bien huilée si bien que l'on se demande finalement par quel miracle l'humanité va s'en sortir. Sans trop dévoiler la fin on peut dire qu'il y aura un miracle mais pas vraiment celui attendu...
Pour réviser son bac d'histoire, pour rire un peu ou bien sûr pour apprécier le génie de Kubrick (avant d'enchaîner avec 2001 l'odyssée de l'espace cela va sans dire :-), Docteur Folamour reste un immense classique que chacun se doit de voir.




