Docteur Folamour ou comment j'ai appris à ne plus m'en faire et à aimer la bombe, Stanley Kubrick (1964)

Docteur Folamour ou comment j'ai appris à ne plus m'en faire et à aimer la bombe, Stanley Kubrick (1964)
Pour son premier film sans le soutien du producteur James Harris, tout le monde pensait que Stanley Kubrick commettait une erreur qui lui coûterait sa carrière: forcément une comédie burlesque annonçant la fin du monde à cause de la bombe nucléaire ça ne faisait pas très bon sur le papier... L'immense succès public obtenu par cette satire démentira cette idée reçue et octroiera à son auteur la réputation d'un cinéaste talentueux faisant des films excellents tant sur le plan artistique que sur le plan comptable, réputation qui ne sera pas inutile pour acquérir des fonds pour son film suivant: le sublime 2001 l'odyssée de l'espace.
Pendant la guerre froide, le général Jack Ripper devenu fou décide d'envoyer ses B-52 larguer des bombes atomiques sur l'URSS malgré l'opposition de l'officier britannique Lionel Mandrake. Croyant à la destruction des grandes métropoles américaines, les commandants des bombardiers coupent les communications avec l'extérieur sauf celles transmises avec un code que le général Ripper est le seul à connaître. A la maison blanche, le président Muffley réunit son état-major pour trouver une solution acceptable à la crise sans envoyer toutes ses forces achever l'URSS comme le voudrait le général Turgidson. Enfin l'ambassadeur russe révèle que ses compatriotes ont construit la machine du jugement dernier qui détruira le monde sans que l'on puisse s'y opposer si une bombe explose sur un territoire communiste. Et dans ces conditions le conseiller nazi du président, le docteur Folamour, doit alors trouver un moyen de sauver l'Humanité...
Si Docteur Folamour est depuis plus de quarante ans le film qui rend le mieux compte de la Guerre Froide, c'est d'abord grâce à son réalisme à toute épreuve. Tous les thèmes de la dissuasion nucléaire sont abordés: les failles dans les procédures de défense, l'impossibilité d'annuler un ordre donné, la paranoïa des deux blocs, le coût immense de la course aux armements, l'incompétence et la corruption des hommes au pouvoir et j'en passe. A ces thèmes s'ajoute un effort important pour rendre les images crédibles; l'intérieur du bombardier est si proche de la réalité que le chef-décorateur a failli avoir des ennuis avec le FBI (eh oui on ne rigolait pas avec l'espionnage à cette époque :-), la salle de guerre de la maison blanche n'a rien d'un décor en carton et la base aérienne est pleine de détails qui font vrais en particulier au niveau des pancartes (ceux qui ont vu le film sauront de quoi je parle :-). A tout cela s'ajoute une photographie et des cadrages recherchés qui mettent l'ensemble en valeur pendant qu'une musique traditionnelle américaine réorchestrée rythme habilement l'ensemble. Avec ce film, Kubrick montrait pour la première fois l'étendue de son talent pour la mise en scène et l'écriture.
A ce réalisme, s'allie cependant un comique ravageur qui tourne en dérision à peu près tous les personnages et toutes les situations du film. Les acteurs ont un jeu outrancier, en particulier Georges C Scott (le général Turgidson) et Peter Sellers (le président Muffley, le colonel Mandrake et le docteur Folamour (oui vous comptez bien cela fait 3 rôles ;-)), les dialogues finissent n'importe comment (c'est ainsi que l'on en vient à parler de nos précieux fluides corporels...), les décors offrent un contrepoint à l'action (voir la photo pour plus de détails ;-) et Kubrick offre un véritable festival d'images et de musiques détournées (en particulier la scène finale...). Malgré son aspect un rien désordonné, le scénario est pourtant d'une logique implacable jusqu'au bout, les causes et les effets s'enchaînant infailliblement comme une mécanique bien huilée si bien que l'on se demande finalement par quel miracle l'humanité va s'en sortir. Sans trop dévoiler la fin on peut dire qu'il y aura un miracle mais pas vraiment celui attendu...
Pour réviser son bac d'histoire, pour rire un peu ou bien sûr pour apprécier le génie de Kubrick (avant d'enchaîner avec 2001 l'odyssée de l'espace cela va sans dire :-), Docteur Folamour reste un immense classique que chacun se doit de voir.

# Posté le mercredi 20 août 2008 11:06

Mulholland Drive, David Lynch (2001)

Mulholland Drive, David Lynch (2001)
Si David Lynch a réalisé des films tout à fait normaux comme Elephant Man qui raconte l'histoire d'un homme malformé dans l'Angleterre victorienne, il est surtout connu pour ses films à a trame un tantinet dure à suivre tels Eraserhead et Mulholland Drive son film le plus connu.
A Los Angeles une jolie jeune femme menacée par deux hommes dans une voiture, une collision avec une autre voiture la sauve. Désormais amnésique elle se dirige vers la ville et se réfugie dans une maison vide. Le lendemain, une jeune aspirante comédienne canadienne nommée Betty y emménage, l'appartement appartient en effet à sa tante qui lui prête la maison en son absence. Betty va alors aider l'amnésique à retrouver la mémoire (surtout que dans son sac se trouvent 50.000$ ;-). Dans le même temps, un réalisateur veut faire un film mais la mafia lui impose une actrice dont il ne veut pas entendre parler, un tueur incapable commet un carnage dans un hôtel, un policier se fait assassiner par un monstre et finalement les deux jeunes femmes tombent amoureuses l'une de l'autre et leur enquête les mène dans un cabaret. Puis tout à coup l'histoire bascule, les personnages ont des noms différents, des métiers différents, des relations différentes etc...
Parfaitement inrésumable (en particulier parce que l'auteur de ses lignes lui-même n'a pas tout compris :-), Mulholland Drive est un film où tout concourt à l'atmosphère unique du film: les acteurs sont excellents, en particulier Naomie Watts qui s'est fait connaître grâce au film, la musique est intrigante et la mise en scène parsème le film d'indices qui brouillent l'écheveau: mais c'est quoi cette clé bleue? Et silenzio c'est quoi? Et qui est cette Diane? Et à Mulholland Drive il y a quoi? Et que veut dire ce numéro de cabaret?...
On ne peut hélas pas dire grand chose de ce film étant donné que l'intérêt du film réside surtout dans le puzzle à reconstituer et qu'il serait dommage de trop en dévoiler trop d'éléments mais pour ceux qui ne savent pas comment s'occuper pendant les vacances (et les autres ;-), Mulholland Drive les tiendra occupés de nombreuses heures...

# Posté le dimanche 10 août 2008 16:14

Amadeus, Milos Forman (1982)

Amadeus, Milos Forman (1982)
Pour les gens qui ont aimé Au feu les pompiers!, les fantômes de Goya et le chef-d'oeuvre qu'est Vol au-dessus d'un nid de coucou voici un film qui n'a rien à voir si ce n'est leur réalisateur Milos Forman. Amadeus n'en est cependant pas moins un film magnifique.
A Vienne à la fin du XVIII° siècle le compositeur de la cour d'Autriche, Salieri, tente de se suicider. Un jeune prêtre se propose alors de recueillir sa confession, la confession de l'homme qui prétend avoir assassiné Mozart.
Salieri était dans sa jeunesse un garçon qui rêvait de devenir compositeur malgré le mépris de son père. Suite à la mort de ce dernier, il se met à la musique et travaille tant qu'il parvient à devenir le compositeur de la cour de l'empereur d'Autriche. Des années plus tard se présente à la cours le jeune Mozart, un homme au talent incomparablement supérieur au sien mais au comportement incroyablement vulgaire. Entre le modèle de vertu doué de peu de talent et le jeune prodige fantasque, la jalousie s'installe. Salieri va tout faire pour entraver la réussite de Mozart tout en faisant semblant de le soutenir. La chose étant d'autant plus facile que parmi les puissants, seul Salieri a vraiment pris la mesure du talent de son rival...
Plus qu'une biographie, Amadeus est avant tout un hommage à la musique de Mozart: ses plus grands tubes y figurent et parviennent à transcender l'image (déjà fort belle au demeurant, n'est pas Milos Forman qui veut ;-) et les décors royaux. Le scénario est quant à lui suffisamment intelligent pour montrer un point de vue inhabituel sur les artistes puisque la vision que l'on a de Mozart est celle d'un musicien jaloux mais néanmoins admiratif, ce qui donne à l'ensemble une certaine ambiguïté.
Une beauté sublime tant de l'image que de la musique et une histoire entraînante, Amadeus est décidément un film dont il faut voir plus que la première demi-heure à la fin de l'année pendant les cours de musique du collège...

# Posté le vendredi 01 août 2008 06:22

Modifié le vendredi 01 août 2008 07:25

E.T, Steven Spielberg (1982)

E.T, Steven Spielberg (1982)
Les gens ont coutume de situer l'origine de l'allergie à la syntaxe correcte chez les jeunes à l'invention des SMS et d'MSN: ils ont tort. En effet qui peut dire quel effet désastreux ont pu avoirdes répliques telles que "E.T téléphone maison" ou "ton père il est" (une seule est tirée d'E.T, à vous de dire laquelle :-) sur nos chères têtes blondes ?
Dans une petite ville de l'ouest des Etats Unis pendant les années 80 des extra terrestres débarquent sur Terre. Effrayés par le FBI ils fuient et laissent l'un des leurs en arrière par erreur. Traqué par les agents, il va trouver refuge dans le garage d'une famille dont il va rencontrer le fils cadet, un jeune garçon prénommé Elliott. E.T va alors nouer une profonde amitié avec Elliott ainsi que ses frères et soeurs. Ceux-ci vont alors tout mettre en oeuvre pour aider E.T à contacter les siens et ainsi l'aider à quitter la Terre. Malheureusement, le FBI met quant à lui tout en oeuvre pour trouver l'extra terrestre et l'étudier, des fois qu'il est de l'ADN à 6 nucléotides différents... Face à un important arsenal de moyen, les enfants ne pourront compter que sur les pouvoirs de télékinésie de l'extra terrestre mais sera-ce suffisant ?
Souvent les films pour enfants sont plutôt d'un ennui mortel dès que l'on a passé l'âge mais ce n'est bien évidemment pas le cas du film le plus connu de Steven Spielberg (ex aequo avec Les dents de la mer, Indiana Jones, Il faut sauver le soldat Ryan, La liste de Schindler et Jurassik Parc bien sûr :-). On peut en effet revoir E.T à tout âge avec un même plaisir car l'histoire n'est ni mièvre ni saugrenue bien au contraire. Une histoire d'amitié entre un extra terrestre qui pour une fois ne cherche pas à détruire le monde et un jeune garçon, c'est déjà plutôt original et en plus c'est beau ce qui ne gâche rien. Sinon les effets spéciaux sont réussis, la musique est tout aussi bonnes que les autres bandes originales composées par John Williams et la mise en scène de Steven Spielberg parvient à faire ressortir le merveilleux de l'histoire (qui ne connaît pas l'image inoubliable du vélo qui passe devant la lune?).
E.T est décidément un film à montrer aux plus jeunes et à voir avec eux, en plus en cette fin de Tour de France c'est de saison...

# Posté le dimanche 27 juillet 2008 13:58

Modifié le lundi 28 juillet 2008 08:42

Tirez sur le pianiste, François Truffaut (1960)

Tirez sur le pianiste, François Truffaut (1960)
A tous ceux qui râlent en critiquant la majeure partie du cinéma français de ces dernières années (parce que Bienvenue chez les Ch'tis c'est marrant mais de là à mériter ses vingt millions d'entrées faut pas pousser (surtout que Sweeney Todd était pas sorti longtemps auparavant mais je m'éloigne du sujet :-)), il est possible de trouver une époque où les Hexagonaux jouissaient d'une réputation excellente chez eux comme chez les cinéphiles étrangers grâce à la Nouvelle Vague des années 60. C'est ainsi que des films tels que Les Parapluies de Cherbourg ont su concilier succès public et critique. Ce ne fut cependant pas le cas de Tirez sur le pianiste de François Truffaut...
Un homme est poursuivi dans la rue, il décide d'aller demander de l'aide à son frère Charlie qui joue du piano dans un bistrot. Celui-ci refuse de se mêler d'une affaire qui ne le regarde pas mais aide quand même le fugitif à se sauver. Cela va le plonger dans une sombre histoire lui et une serveuse dont il est amoureux, une histoire pendant laquelle Charlie va tenter de redevenir le pianiste concertiste qu'il était jusqu'à ce que survienne un événement plutôt malheureux. Mais un meurtre, un enlèvement et de dangereux tueurs se dressent sur leur chemin...
Bien que tout à fait français, tirez sur le pianiste est un hommage au cinéma américain dont le scénario est d'ailleurs adapté d'un roman noir étatsunien. Malgré cela, Truffaut opère dans son film un curieux mélange des genre: du tragique au franchement comique (saviez-vous qu'un poignard planté dans le dos est un accident? ;-) en passant par l'absurde des chansons de Boby Lapointe, chanteur français qui chante dans un français tout à fait correct mais dont tout Français non préparé se révèle incapable de comprendre les paroles sans sous-titre (ceux qui connaissent Ta Katie t'a quitté et ses textes époustouflants tels que "des catins décaties taquinaient un cocker coquin" comprendront pourquoi :-). Tirez sur le pianiste se révèle finalement être un curieux mélange des genres qui n'est finalement pas désagréable bien que déroutant. Pas mal pour commencer l'oeuvre de l'un des plus grands cinéastes français...

# Posté le jeudi 24 juillet 2008 09:45